lundi 5 octobre 2009

"Le président" (Henri Verneuil, 1961)

Des films vus: Une série de films vus récemment, avec un petit poème de mon cru (à la manière de l'excellente émission "striptease") ainsi que quelques commentaires (très) personnels sur l'œuvre.


"Il est plus simple en vérité
pour dominer l'activité
et les gogos concurrencés
de s'faire élire à l'assemblée"Ajouter une image






Dans ce film Gabin campe un ancien président du conseil, retiré des affaires. Son personnage est une caricature "positive", l'image d'épinal de l'homme politique "à l'ancienne", comme on n'en fait plus, droit dans ses bottes, honnête, intègre, pleinement dévoué à la nation. Un véritable homme d'état quoi, l'exact contraire des ses adversaires, hommes de pouvoir et d'argent, figures tutélaires du PPA, qui rentrent en politique pour mieux servir leurs intérêts, les fripons !
Rien d'original dans le propos, le bon politique seul contre tous, incompris et solitaire, oui mais "pour la France !" nous permet d'affirmer dans un soupir de soulagement: y'en a des bien. A part ça, scénario adapté d'un roman de Siménon qui tient (bien) la route, et superbes dialogues de Michel Audiard.

Mais le grand intérêt du film, c'est la scène où Le Président fait ses adieux à l'assemblée, qui est d'une touchante actualité. Regardez voir ça: Le President veut très fort construire l'Europe des peuples. Il propose alors à l'assemblée une loi en ce sens. Mais sa majorité (de droite) refuse le projet, car la majorité (de droite donc, soyez attentif) elle en a une autre de projet, bien plus lucratif pour les entreprises dirigées par chacun d'entre eux: des groupements d'intérêt économiques européens ! Alors Le Président s'énerve tout rouge et fait l'appel, dénoncant un par un les députés pris dans des conflits d'intérêt: "un tel est député de la somme et patron de telle entreprise, et lui là il est avocat de telle société, et le petit au fond là il possède la moitié du capital de telle holding... et Ils osent siéger à l'assemblée !" Cette séquence magnifique est rythmée par des tirades proprement orgasmiques d'ordre philosophiques "Un député: Il y a aussi des patrons de gauche ! Gabin: il y aussi des poissons volants mais il ne font pas la majorité de l'espèce !" , ou prophétiques "... on ne vous demandera plus de soutenir un gouvernement mais d'approuver un gigantesque conseil d'administration !".

A l'heure ou les irlandais on (enfin) appris à bien voter, il est amusant (n'est ce pas) de tomber sur ce genre de scènes, qui nous renvoient à la réalité de ce que fut "la construction Européenne" , et dont le caractère anti démocratique était (déjà) dénoncé dans le film de Verneuil.

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